loader

Pourquoi de la longue distance aujourd'hui ?

loader

J'ai découvert le cyclisme vers l'âge de 12 ans en ayant eu la chance de côtoyer dans mon petit village Auvergnat de la Chaîne des Puys, proche du col de la Moreno, un ancien coureur du Tour de France qui avait été un fidèle coéquipier des champions français de l'époque. Originaire de ce village, il était alors sexagénaire. Nous étions dans les années 60. Pendant les vacances d'été qui duraient trois mois à cette époque, j'ai passé quatre années à parcourir avec lui les routes du département du Puy-de-Dôme et à gravir les cols serpentant entre les volcans. Autant dire que l'on a fait ensemble quelques milliers de kilomètres et qu'il était l'idole du gamin que j'étais. Il m'a appris toutes les bases du cyclisme ! Et le bonheur suprême, c'était quand il m'emmenait dans sa grange où étaient entreposés ses vélos dont un qui m'avait tellement marqué que je le visualise encore aujourd'hui comme si c'était hier : un superbe vélo de piste rouge foncé, presque brun, avec ses parements dorés, ses jantes en bois et son cintre si particulier et complètement lisse ... et je ne rêvais que d'une chose, aller voir un vélodrome de plus près, mais pour ça il fallait se déplacer à St-Etienne !

Lors d'une après-midi très chaude d'un mois de juillet, alors que la sévère côte de Nadaillat m'avait permis de le distancer avant le sommet, ce qui ne s'était jamais produit auparavant, il a prononcé une fois en haut, avant d’entamer la descente sur Rouillat-Bas, ces mots qui résonnent encore aujourd'hui. "Marco, il n'est plus très utile que tu roules avec moi maintenant, tu es prêt pour aller jouer des coudes dans les pelotons régionaux. Tu vas avoir 16 ans, tu prends une licence de cadet et tu te frottes aux autres, mais je serai toujours là pour te conseiller, Gérard aussi". Gérard était son fils qui courrait en 2e catégorie à l'époque et que nous accompagnions presque tous les dimanches sur les courses en tourniquets de la région. Gérard gagnait de temps en temps, surtout quand les circuits étaient très bosselés, c'était un grimpeur et j'étais admiratif car je ne concevais pas de faire du vélo sans grimper puis descendre. J’étais servi car dans la chaîne des Puys le plat n'existe pas !

Et puis comme souvent l'histoire s'est écrite autrement. Mes parents venaient d'adhérer à un club de voile (au Yacht Club du lac d'Aydat précisément) pour y rejoindre des amis et je n'ai pas eu d'autre choix que d'en être aussi, le cyclisme n'était pas leur "truc". C'est comme ça que je suis devenu un régatier passionné, avide de compétition, pratiquant d'abord sur les lacs et rivières de toute la région, puis en mer, avec quelques beaux résultats régionaux. C’est ce qui m’a donné l'occasion à 18 ans en tant que sélectionné de la ligue d'Auvergne, de frotter mes plats-bords avec ceux des frères Pajot au stage national de détection pour les juniors qui se déroulait à cette époque annuellement à Carnac sur le site d’entrainement de la Fédération du "Beg Rohu". J’étais déjà « taille S » en 68 et lors des régates en solitaire sur Finn (série Olympique) dériveur de prédilection pour gros gabarits, le jeu pour nous - les petits et svèltes - consistait à enfiler trois ou quatre pulls en laine avant le départ et à les tremper régulièrement dans l'eau pour se lester des 7 ou 8 kg nécessaires au contrôle en rappel de ces satanés Finn. Autant dire que nos abdos sortaient de ces stages espoirs plutôt renforcés. En double sur Flying Dutchman (également série Olympique) mon gabarit me destinait naturellement à la "barre" associé généralement à un coéquipier baraqué qui officiait au trapèze. Quelques belles prestations m'ont envoyé disputer les régates de qualification préolympique, notamment lors de la semaine de Hyères, mais sans aucun espoir de suite, juste pour le fun ...

Les études ont mis un coup d'arrêt à ce tutoiement du "haut niveau". Mais j'ai continué à faire de la régate jusqu'à mon départ à Dijon où j’effectuais mon 3e cycle et j'ai ensuite définitivement arrêté la voile après mon recrutement à l'Inra et mon départ pour Lille et le nord. Le vélo - qui n'avait en complément jamais cessé - a constitué à partir de là mon activité sportive principale, pratiqué en mode "loisir" en compensation d'un métier passionnant mais exigent et très prenant. En dehors des sorties hebdomadaires avec les copains, chaque été, pendant les congés, il etait coutume d'aller sillonner un coin de France à vélo avec un collègue de travail et son épouse et Mamie-Thé ... et de profiter chaque soir de la gastronomie française apres des journées de souvent 100 bornes ("à la recherche des points rouges du guide Michelin" comme nous disions à l'époque).

La fin de ma carrière m'ayant amené à Paris à partir de 2003, le vélotaff est également devenu une habitude pour aller de chez moi dans le 11e jusque sur mon lieu de travail sur la Montagne Sainte-Geneviève au quatier Latin. De la même façon, le retour à Lille pour mes dernières années d'activité, a ancré cette habitude d'aller travailler "à vélo".

Mais ce n'est qu'à l'approche de la retraite que je me suis remis sérieusement à rouler, à partir de 2009 (en gravissant en compagnie de mon fils, alors en vacances à Goult, mon premier Ventoux avec mon Montgilardi vintage - François Montgilardi était un célèbre cadreur Auvergnat qui dans les années 50/60 soudait du Reynolds pour tous les coureurs régionaux - puis de façon plus constante à partir de 2010 en me préparant et en participant à trois étapes du Tour (2012, 2013*, 2015*). S'installer pour la retraite à Vaison-la-Romaine en 2014 a scellé ce retour du vélo ! Le Ventoux à portée de main, mais aussi les fabuleuses Baronnies (mon terrain de jeu maintenant) et la fréquentation de beaucoup de mes amis cyclistes actuels qui viennent régulièrement gravir ses pentes ont vite donné un sens à l'allongement des distances et à la réalisation de "cinglés" au détriment des quelques cyclosportives auxquelles je me suis essayé en 2016 avec déception - hormis la GF Santini qui est bien sûr très particulière pour moi en raison de son caractère local et des relations entretenues avec ses organisateurs.

L'idée folle en 2016 de me lancer dans le défi cyclomontagnard des 7 Majeurs (cf. le compte-rendu relatif à cette première réussite, suivi d'une seconde en 2017 dans l'autre sens) a définitivement scellé mon orientation vers la longue distance où j'ai retrouvé le plaisir de l'aventure, amoureux des montagnes que je suis et m'a conduit à côtoyer mes amis d'aujourd'hui au sein du Team Cyclosportissimo. Mais si j'avais un soupçon de reproche à leur faire en guise de boutade ou de clin d'œil, ce serait d'être terriblement contagieux ....

Marco - Bike rider

Lire la suite